𝐑𝐚𝐩𝐡𝐚𝐞̈𝐥 𝐂𝐡𝐨𝐮𝐥𝐞𝐨𝐦 𝐞𝐬𝐭 𝐦𝐨𝐫𝐭.
C'est avec une immense tristesse que nous apprenons la disparition de celui que beaucoup appelaient affectueusement « Doyen Raph » ou « Le Che ». Il s'est éteint le 22 août 2026, à l'âge de 91 ans.
Avec lui disparaît l'un des derniers témoins de la répression coloniale au quartier Congo, à Douala. Plus encore, c'est une véritable bibliothèque vivante de l'histoire du Cameroun qui vient de fermer ses portes.
Je l'ai connu personnellement. Nationaliste engagé, il avait rejoint l'UPC très jeune et est resté fidèle, jusqu'à son dernier souffle, aux idéaux auxquels il a consacré sa vie. Auprès de lui, on ne venait pas discuter : on venait apprendre. Journalistes, réalisateurs, chercheurs, militants, documentalistes… beaucoup sont venus s'abreuver à sa mémoire pour recueillir des fragments d'une histoire souvent occultée.
📚 𝐔𝐧 𝐚𝐫𝐜𝐡𝐢𝐯𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐡𝐨𝐫𝐬 𝐩𝐚𝐢𝐫
Pendant des décennies, Raphaël tint un kiosque à journaux. Mais avant de les vendre, il les lisait. Énormément. Rien de la société camerounaise ne lui échappait, et son domicile était devenu un sanctuaire d'archives où dormaient des titres disparus partout ailleurs. Il me laissait fouiller dans ses collections avec un plaisir presque enfantin, et racontait : chaque journal réveillait en lui un souvenir.
🔥 𝐋𝐞 𝐝𝐢𝐦𝐚𝐧𝐜𝐡𝐞 𝐨𝐮̀ 𝐂𝐨𝐧𝐠𝐨 𝐛𝐫𝐮̂𝐥𝐚
Derrière l'érudit chaleureux vivait un homme marqué à jamais. Le dimanche 24 avril 1960, le jeune Raphaël, passionné de football, quitte la maison pour le stade Akwa. Sans le savoir, il échappe à la mort.
Vers 15 heures, il aperçoit une épaisse fumée, puis d'immenses flammes au-dessus du quartier Congo. Il court.
Mais à cinquante mètres, il découvre une scène gravée en lui pour toujours : des soldats français en armes cernant le brasier. Selon son témoignage, ceux qui tentaient de fuir se retrouvaient face aux fusils. D'un côté les flammes, de l'autre les armes. On évoquera un hélicoptère, un liquide inflammable, du napalm. Le bilan exact n'a jamais été établi.
Le soir, à l'hôpital Laquintinie, il voit un camion militaire où des corps brûlés avaient été entassés. Des images qu'il n'a jamais oubliées. Plus de six décennies après, il racontait encore cette journée avec une précision bouleversante. Comme si, dans sa mémoire, le quartier Congo brûlait encore.
✊🏿 « 𝐋𝐞 𝐂𝐡𝐞 »
Cette tragédie renforça son engagement. Président du comité UPC-Manidem « Che Guevara » de Bépanda, Raphaël admirait profondément le révolutionnaire argentin. Dans son salon trônaient les portraits du Che, aux côtés de Ruben Um Nyobè, Abel Kingué, Félix Moumié et Ernest Ouandié. Ces visages racontaient ses convictions, et une certaine idée du Cameroun.
Aujourd'hui, le Doyen Raph emporte avec lui un pan de notre mémoire collective. Mais tant que ses témoignages seront racontés, tant que ses archives seront consultées, une partie de lui continuera de vivre.
« En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle », disait Amadou Hampâté Bâ. Avec Raphaël Chouleom, c'est bien plus qu'un musée qui vient de brûler.
Va et repose en paix, Doyen Raph. Va et repose en paix, Le Che. Tu as consacré ta vie à une mémoire qui refusait de mourir.
𝐋'𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢 𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐫𝐮𝐬𝐞 𝐝𝐮 𝐝𝐢𝐚𝐛𝐥𝐞.
Arol KETCH
Rat des archives