Aujourd’hui, le Mali enterre l’un de ses fils.
En ce jour de deuil, au moment où la terre malienne s’apprête à recevoir le Général Sadio Camara, je veux m’incliner avec respect devant sa mémoire, devant sa famille, devant ses compagnons d’armes, et devant tous ceux qui, dans le silence, portent la douleur de cette disparition brutale.
La mort d’un homme ne doit jamais être réduite aux divergences politiques, aux fractures du moment, aux blessures de l’histoire ou aux querelles de pouvoir.
Il y a des instants où la dignité impose de regarder au-delà des camps. Il y a des instants où l’humanité doit parler plus fort que la colère. Il y a des instants où le Mali doit se souvenir qu’avant toute fonction, avant tout titre, avant tout engagement politique, il y a un homme, un fils, un père, un frère, un soldat.
Un fils du Mali
Sadio Camara fut un militaire formé dans la discipline, forgé par le terrain, marqué par les épreuves d’un pays qui n’a cessé, depuis plus d’une décennie, de voir ses enfants tomber sous les balles, dans les embuscades, sur les routes, dans les camps, dans les villages, parfois même jusque dans leurs propres maisons.
Il a connu les années sombres. Il a connu les heures où l’État reculait, où les soldats doutaient, où les familles attendaient des nouvelles qui ne venaient pas. Il a été de ceux qui ont porté l’uniforme dans une période où cela signifiait accepter la fatigue, la peur, le danger, l’incertitude, et parfois le sacrifice suprême.
On peut débattre de ses choix. On peut contester une trajectoire politique. On peut s’interroger sur les décisions prises ces dernières années. Mais on ne peut pas nier qu’il fut, dans l’histoire récente de notre pays, une figure militaire majeure. On ne peut pas effacer son engagement au service de la défense nationale. On ne peut pas ignorer le courage personnel d’un homme qui a consacré sa vie à l’armée malienne.
Sa mort, survenue dans des circonstances qui appellent vérité, clarification et responsabilité, doit aussi nous interpeller collectivement. Lorsqu’un ministre de la Défense peut être atteint jusque dans son lieu de vie, c’est tout le dispositif national de sécurité, de renseignement et de protection qui doit être interrogé. Non pas dans la rumeur. Non pas dans la vengeance. Mais dans la vérité. Car un pays qui ne comprend pas les failles qui l’ont blessé est condamné à les revivre.
Aujourd’hui, pourtant, l’heure première n’est pas à l’accusation. Elle est au recueillement.
À sa famille, j’adresse mes condoléances les plus sincères. Aucun mot ne peut réparer une telle perte. Aucune formule ne peut combler le vide laissé par un père, un époux, un parent, un proche. Mais que sa famille sache que, dans ce moment, la douleur qui la frappe dépasse son cercle intime. Elle touche toute une nation. Elle rappelle à chaque Malien que derrière les uniformes, derrière les grades, derrière les fonctions, il y a des êtres humains, des familles, des enfants, des épouses, des mères, des frères, des sœurs.
Aux soldats maliens, à ses frères d’armes, je veux dire ceci : votre douleur est légitime. Votre fatigue est réelle. Votre sacrifice est immense. Trop de militaires maliens sont tombés. Trop de familles ont pleuré dans le silence. Trop de tombes ont été creusées loin des caméras. Le sang des soldats maliens ne doit jamais devenir une habitude nationale. Il doit rester une blessure, un appel, une exigence.
Sadio Camara tombe à son tour dans cette longue tragédie malienne. Et sa disparition doit nous rappeler que la vie d’un soldat malien, quel que soit son grade, n’est pas une simple variable de guerre. Elle est sacrée. Elle appartient à la Nation. Elle mérite respect, reconnaissance et vérité.
En ce jour d’obsèques, je veux donc saluer le militaire. Je veux saluer l’homme de terrain. Je veux saluer le fils du pays. Je veux saluer celui qui, à sa manière, avec ses convictions, ses choix, ses forces et ses contradictions, a inscrit son nom dans l’histoire contemporaine du Mali.
Que ceux qui l’ont aimé trouvent la force de supporter cette épreuve.