Islamologues de France
LE JOUR OÙ MACRON CENSURA UNE JOURNALISTE BRITANNIQUE TROP LUCIDE POUR LUI...
J’ai écrit un article à un moment qui s’avère maintenant être un premier tournant dans le gouvernement de Macron.
Le président français était venu pour prononcer un discours qui portait sur le séparatisme. Je me suis dit : « Tiens, c’est intéressant. Il va parler des Corses qui veulent se séparer de l’État français ». Mais en réalité, il a rattaché la notion de séparatisme aux musulmans, et là, je me suis dit : « Wow, d’accord… »
Il y avait donc cette évolution du jeune président libéral et moderne qui, lorsqu’il a été élu, semblait plus ouvert à l’idée que les musulmans puissent faire partie intégrante de la France. Puis, trois ans plus tard, sous l’effet des attentats, de Charlie Hebdo et du meurtre de Samuel Paty, on a vu un virage clair de Macron, deux ans avant l’élection présidentielle.
Je me suis dit : « Ok, il suit la stratégie classique qui consiste à désigner les musulmans comme l’ennemi, en créant même une nouvelle définition d’un crime, appelé le séparatisme, dont les musulmans en France allaient être accusés. » Et la difficulté avec cette accusation, c’est qu’il est très compliqué de prouver qu’on n’est pas séparatiste. Il est difficile de démontrer qu’on n’est pas coupable de ce crime.
Je l’ai remarqué lorsque j’ai publié mon article, car de nombreux diplomates français étaient furieux. L’un d’eux m’a appelé et je lui ai demandé poliment : « Monsieur le diplomate, pourriez-vous me définir ce qu’est un séparatiste ? » Il m’a répondu : « Toute personne qui croit en la charia. » J’ai alors rétorqué : « Vous venez délibérément d’élargir la définition de manière à inclure chaque personne qui s’identifie comme musulmane. »
En réalisant que le filet avait été lancé aussi largement, j’ai compris qu’il s’agissait d’une vaste tentative de criminalisation des musulmans, parce que, par nature, un musulman place Dieu au-dessus de l’État. C’est le propre d’une personne religieuse. Or, Macron affirmait que cela n’était pas acceptable.
J’ai donc écrit cet article avant même qu’il y ait une législation en place. J’ai dit que si ce filet est jeté aussi large, on capte tout ce qui touche à l’islam en France plutôt que ce qu’on cherche réellement à viser, à savoir la violence, la criminalité, ce qu’on pourrait appeler un véritable extrémisme. Or, ce dont parlaient les ministres du gouvernement c’était la nourriture halal, le hijab, la polygamie, les bars à chicha…
Tout cela, à mes yeux, ressemblait simplement à des marqueurs de ‘musulmanité’. Et quand ils disent vouloir s’attaquer à l’islamisme, mais que leur définition englobe tous les musulmans, il y a un vrai problème.
L’article a été publié et est resté en ligne cinq ou six heures, le temps que des gens m’appellent pour exprimer leur mécontentement – ce qui, en soi, fait partie du processus normal. Mais l’article a été retiré à la demande de l’éditrice. Je ne peux pas dire si elle a subi des pressions du gouvernement français, mais je sais qu’il était extrêmement en colère. À tel point que le président lui-même a rédigé une réponse à mon article – qui n’existait plus sur le site du ‘Financial Times’ – où il a, encore une fois, utilisé les mêmes insinuations et mécanismes de criminalisation des musulmans, si courants en France, sans être contredit.
Dans son texte, il a avancé plusieurs affirmations, notamment l’idée que les enfants musulmans, dès l’âge de trois ou quatre ans, sont éduqués à haïr les valeurs de la République. Cela m’a rappelé ces discours de certains politiciens américains ou israéliens qui disent que les Palestiniens grandissent dans la haine des Américains ou des Israéliens. Ce sont des affirmations extrêmement dangereuses qui participent à un processus de déshumanisation. Et cette expérience m’a prouvé que dénoncer une islamophobie évidente, motivée par des calculs politiques, comme celle du gouvernement Macron, reste un tabou.