Depuis quelque temps, je me suis mis un peu en retrait des réseaux sociaux. Il m'arrive de passer une tête pour voir ce qui s'y passe tout de même, notamment sur X, et très honnêtement ce qu'on y trouve n'est pas de nature à rendre optimiste pour la suite.
Je ne parle même pas de l'invasion de vidéos générées par l'IA, grotesques et inutiles dans au moins 95% des cas, ni de la multiplication des comptes bidons, et pourtant énormes, qui utilisent un sujet d'actualité pour faire venir les commentateurs afin de les diriger ensuite vers des contenus payants, généralement des formations à la noix.
Je parle surtout du contenu politique, à plus forte raison celui qui concerne, au sens large, "nos milieux". Je ne me reconnais nulle part.
Entre les "clasheurs" qui ne vivent que des conflits avec les autres, les "newzeurs" qui se comportent comme des ados attardés, les zinzins qui voient des pro-russes partout, les excités qui se prennent pour des soldats de l'armée numérique soit de l'Iran soit d'Israël soit des États-Unis, la fraction d'extrême-extrême-droite qui continue de tourner en boucle sur les chambres à gaz, la «droite de fun» qui veut ringardiser tout ce qui justement constitue la structure réelle de la droite, à commencer par la religion et les verticalités, la droite ultra-méga-libérale qui veut rouler sur les petites gens qu'elle prend pour des beaufs, les néo-païens qui continuent d'aider méta-politiquement la modernité à abattre le catholicisme, et tellement d'autres profils tout aussi loufoques ou rédhibitoires, j'avoue que je ne vois aucun espace susceptible de m'accueillir.
Même le prétendu clivage entre souverainisme et identitarisme m'est étranger puisque je me considère à la fois souverainiste et identitaire. Or ce clivage est en train de devenir une énième ligne de démarcation à l'intérieur de nos rangs, en grande partie parce que quelques influenceurs en jouent pour galvaniser des troupes numériques autour d'eux et se faire mousser auprès de leurs otages mentaux respectifs.
Ces dernières semaines, retiré de toute cette agitation, je me suis surtout concentré sur la littérature et la prière.
Je lis énormément, je veux écrire aussi, d'ailleurs je le fais, mais l'insuccès de mon roman m'indique que ce n'est pas auprès de cet éco-système que je vais réussir à constituer un lectorat intéressé par la littérature. Si je devais publier un autre roman, il me faudrait trouver d'autres canaux de promotion et de diffusion que mes réseaux sociaux où malgré la présence de milliers et de milliers d'abonnés, très peu se sont montrés curieux et intéressés. Je ne vous en veux pas, personne n'est obligé d'acheter les livres écrits par les gens que l'on suit sur les réseaux.
Il me faudrait même peut-être m'en aller de cet éco-système composé de gens très intéressants mais qui ne lisent pas. Or, je souhaite me concentrer sur l'activité littéraire. J'ai passé des années à commenter la politique sur les réseaux et qu'en reste-t-il ? Sur Internet, les choses ont une durée de vie de deux jours ; vous pouvez écrire le tweet parfait, faire des centaines ou des milliers d'interactions, deux jours plus tard ce même tweet est tombé dans les oubliettes, symboliquement effacé par le flot massif, constant et envahissant des millions d'autres tweets qui se déversent chaque jour.
Une œuvre littéraire publiée sur du papier peut survivre à ce flot. Un livre dans une bibliothèque, même au milieu de centaines d'autres, continue d'être sous les yeux de son propriétaire et est susceptible d'être relu, prêté, légué, offert, etc. Si demain X ferme mon compte, tout disparaît.
J'en profite, puisque c'est le sujet, pour redire merci à ceux qui ont commandé et lu L'arrière-petit-fils et Napoléon à Montmédy. Et un merci plus général à ceux qui lisent des livres, les miens ou ceux des autres, mais qui lisent et soutiennent les auteurs. Vous êtes une espèce en voie de disparation, au même titre que les auteurs en question, et vous êtes des êtres précieux pour la suite.