Chers lecteurs,
Ce petit poème, écrit en pseudo-vieil anglais, est né d'une fascination pour une œuvre médiévale française : Le Romans de la Dame à la Lycorne et du Biau Chevalier au Lyon, dont une page du manuscrit est reproduite ci-dessus.
Il ne s'agit pas seulement ici de courtoisie médiévale, mais d'une évocation de symboles anciens : ceux de l'amour, du sacrifice, de l'honneur et de l'idéal chevaleresque.
La Dame est liée à la Lycorne, incarnation de la féminité, de la blancheur, du mystère et de la lumière lunaire ; le Chevalier est lié au Lyon, incarnation de l'idéal chevaleresque, de la vaillance, de la force solaire et du courage guerrier.
Cette lecture symbolique rejoint celle que René Barjavel – qui fut contributeur au journal Je suis partout – développa dans son roman Les Dames à la licorne :
« Il avait la tête ronde et les longues boucles du lion, les yeux et les cheveux couleur d’ambre. Il ressemblait au héros Vercingétorix dont le portrait circulait encore au fond des forêts sur des pièces d’or usées par les siècles. Les bûcherons disaient qu'il était le fils de ses fils. Vercingétorix était beau, mais Foulques plus encore. Quand il passait dans le soleil, ses cheveux devenaient rouges comme le feu. (…) Le lion d'Anjou avait planté ses griffes dans l'Irlande. Mais sa compagne blanche, la licorne, allait se prendre d'amour pour cette terre de vent et d’eau, et confondre son rêve avec les siens. »
J'ai choisi d'écrire ce poème en anglais archaïsant comme un exercice de style, afin de retrouver quelque chose de la musicalité des anciennes langues poétiques. Ce choix trouve également un écho dans l'histoire héraldique britannique : le lion, emblème traditionnel de la royauté anglaise, et la licorne, figure majeure de l'héraldique écossaise, furent réunis lors de l'union des couronnes au XVIIᵉ siècle pour soutenir l'écu du Royaume-Uni.
Ainsi, j'espère vous faire renouer avec la gloire de l’Europe « extraordinaire, écartelée entre le désir de conquête et celui de renoncement, entre l’action et le rêve, le soleil et la lune, entre la terre et l’eau ».
« De cors, de valour, de désir,
Sui tous vostres sans ja partir !
Moi qui pour vivre ou pour mourir,
Sui tous vostres sans ja partir ! »
Le Romans de la Dame à la Lycorne et du Biau Chevalier au Lyon
Neath welkin moon and stellate gleam,
There walked the Lady as a dream,
Empyreal snow upon the earth,
And the Lycorne of eldritch mirth.
Her gilded locks, as selene rill,
Did fall o’er shoulders pale and still,
Whilst she did yearn upon the hill,
Entwined in mynde with woodland's will.
A lyon with a mane of crimson
Did wage his wars for her kingdom,
And at her feet yield his freedom,
For she alone was love blossom.
"Of flesh, valour, and desire,
I am all thine, and ne'er retire ;
In life or death, till I expire,
I am all thine, and ne'er retire."
~ Hilda Lefort