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On sillonnait les départementales ; il s’arrêtait à Damville, il prenait le café dans la mairie avec Françoise Charpentier, sa suppléante et amie. Il se levait, il fallait s’arrêter chez un éleveur près de Nonancourt pour assister à un vêlage. Après le vêlage, on buvait un autre café brûlant.
Il disait qu’il devait partir, qu’il était attendu, qu’il partagerait bien un poulet vallée d’Auge mais qu’il n’avait pas le temps. Il se levait à nouveau, il souriait, il serrait la main crevassée de l’éleveur, il la prenait longuement dans sa main ferme, il ne la lâchait pas, souriant, en blazer marine et cravate, son écharpe bleu roi autour du cou : « Je reviens bientôt ! »
On repartait sur les départementales. On se garait sur le parking près de la mairie de Verneuil-sur-Avre, on faisait le tour de la jolie place, on entrait chez les commerçants, on demandait des nouvelles des familles. On repartait. On allait déjeuner à Breteuil avec Gérard Cheron, on avalait rapidement un plat de charcuteries Au Feu de Bois.
À Évreux, c’était l’Hôtel Normandie ; à Damville, l’Hôtel du Grand Cerf ; on allait dans les kebabs du quartier de La Madeleine, au-dessus d’Évreux. On allait partout. Jean-Louis Debré connaissait tout le monde dans la première circonscription de l’Eure, le moindre recoin, la plus petite église, le marché le plus modeste, le café le plus reculé.
Il pouvait partir dans des colères noires quand des travaux étaient repoussés, quand un chantier urbain prenait du retard. Je l’ai vu enthousiaste à une fête de la pomme à Évreux et désespéré après les émeutes urbaines de 2005, quand des bandes saccagèrent des années de travail dans le quartier de La Madeleine. Il était venu immédiatement, il avait assisté en colère aux violences, il avait vu le gymnase brûler la nuit, il hurlait sur fond d’incendies : « Et ensuite ? Ensuite, on fait quoi ? C’est votre avenir que vous brûlez ! »
On sillonnait les départementales et il aimait les gens. Les jeux politiques ne le passionnaient pas. Il se faisait une trop haute idée de ses fonctions de député, de maire, de ministre, de président de l’Assemblée nationale pour céder à la facilité. Seul le passionnait son grand homme, Jacques Chirac. Il l’aimait.
Il avait ses autres passions : la Constitution, le théâtre, l’Histoire, le bassin d’Arcachon, le vélo. C’était un homme profondément libre.
Un jour de décembre 2006, il m’a dit : « Je te laisse ma circonscription ; elle n’est pas si évidente à gagner ; il faut beaucoup aimer les gens. » Je lui dois 15 ans de ma vie politique, dans ce territoire de l’Eure que j’ai servi avec passion pendant trois mandats.
Jean-Louis, nous ne sillonnerons plus les départementales ensemble.
Merci pour tout. Merci infiniment.