À ceux qui tiennent la lampe allumée.
Dans l’histoire des peuples, il y a toujours un moment où la vérité gêne, où elle dérange, où elle devient dangereuse pour ceux qui préfèrent l’ombre à la lumière. C’est dans ces moments-là que les consciences se révèlent. Et c’est dans ces moments-là que les voix courageuses se lèvent non pas pour crier plus fort que les autres, mais pour dire ce qui doit être dit, coûte que coûte.
Aujourd’hui, ces voix ont un nom : ce sont celles qui portent le combat pour Comlan Hugues Sossoukpè .
Depuis qu’il a été enlevé à Abidjan et livré aux autorités d’un régime qui le persécute, il ne s’agit plus seulement d’un homme, mais de ce qu’il incarne : le droit de dénoncer, d’enquêter, de publier, d’informer. Le droit de ne pas se taire. Et face à la trahison institutionnelle qu’a représentée sa remise aux autorités béninoises, alors qu’il était réfugié politique, c’est vous qui avez refusé le silence.
Vous, journalistes.
Vous avez osé parler quand certains médias se sont tus. Vous avez écrit, publié, relayé, commenté. Vous avez tendu vos colonnes, vos micros, vos claviers pour que cette affaire ne disparaisse pas sous les tapis de la realpolitik. Vous n’avez pas cédé, même quand les attaques ont visé votre profession et vos personnes.
Vous, juristes, avocats, défenseurs des droits humains.
Vous avez remis les textes de loi sur la table. Vous avez rappelé que le droit d’asile n’est pas un simple principe de confort, mais un droit fondamental, protégé par des conventions internationales. Vous avez porté la parole dans les espaces où la justice se débat. Vous avez dit ce que d'autres ne voulaient pas entendre : livrer un réfugié, c’est violer le droit. C’est trahir l’éthique. C’est abîmer la dignité d’un État.
Vous, intellectuels, universitaires, penseurs.
Vous avez replacé cette affaire dans l’histoire longue des luttes pour les libertés. Vous avez éclairé les débats, déconstruit les manipulations, offert des repères. Vous avez montré que ce combat ne se réduit pas à un fait divers diplomatique, mais qu’il engage les principes de nos sociétés et l’avenir de nos jeunes démocraties.
Vous, citoyens.
Simples internautes, militants de l’ombre, anonymes sans statut mais pas sans courage. Sur Facebook, Twitter, WhatsApp, dans les groupes, les forums, les discussions de rue : vous avez tenu la ligne. Vous avez refusé la banalisation. Vous avez dénoncé, alerté, partagé sans relâche, même quand les klébés numériques vous ont pris pour cible. Vous n’avez ni budget, ni stratégie de communication, ni relai institutionnel. Mais vous avez la conviction. Et c’est elle qui vous a rendus puissants.
Il faut rendre hommage à cette coalition silencieuse mais redoutable, celle qui défend les libertés là où elles sont en danger. Celle qui ne se bat pas pour un parti, un camp ou une chapelle, mais pour des principes qui nous dépassent tous.
Oui, Hugues dérange.
Parce qu’il n’a jamais voulu se taire.
Parce qu’il a refusé de plier.
Parce qu’il a décidé de faire son métier, même quand cela devenait risqué.
Il n’a jamais été condamné. Il n’a jamais commis de crime. Il n’a jamais été convoqué. Mais il a été livré. Alors qu’il avait trouvé refuge, il a été arraché à la protection que lui garantissait le statut de réfugié.
Que reste-t-il alors, quand le droit est piétiné, quand la morale chancelle, quand les institutions se taisent ? Il reste vous.
Vous êtes ceux qui n’ont pas renoncé.
Vous êtes ceux qui tiennent la lampe allumée dans la nuit.
Et tant que cette lumière subsiste, tout n’est pas perdu.
Hugues n’est pas seul. Grâce à vous. Grâce à nous.