La deuxiĂšme procĂ©dure lâoppose Ă lâancien procureur de la RĂ©publique de Nice, Xavier Bonhomme, qui a portĂ© plainte pour des menaces, outrages et incitation Ă la haine. Dâabord par le biais dâune vidĂ©o YouTube, puis via des propos tenus sur un canal Telegram, postĂ©s au cours du mois de juin 2023.
Pourquoi ? Xavier Bonhomme avait lancĂ© contre lui un 5e mandat dâarrĂȘt â qui conduira Ă son extradition. Comment lâintĂ©ressĂ© lâaurait-il appris, du fin fond de la Croatie oĂč il se terrait ? En lisant un article de Marianne en faisant Ă©tat. Il rĂ©fute tout.
« Je peux tuer qui je veux, oĂč je veux, quand je veux. »
Dans la vidĂ©o YouTube, il fait une fausse dĂ©claration de mariage au procureur de Nice, tenant au passage de nombreux propos homophobes et insultants. Sur le canal Telegram, il est Ă©crit : « Jâai contactĂ© mes amis dâAzov pour le procâ, il va morfler, je veux sa mort, je veux jouer au foot avec sa tĂȘte », faisant rĂ©fĂ©rence au bataillon Azov dâUkraine, en partie constituĂ© de nĂ©onazis, pour lequel, assure-t-il, il a Ă©tĂ© recruteur et combattant. Il dit aussi : « On va lui faire comme au juge Michel⊠celui qui lui tranche la tĂȘte, je lui donne un tiers de mon hĂ©ritage. » Le juge Michel a Ă©tĂ© assassinĂ© en 1981 Ă Marseille. Enfin, il Ă©crit : « Je viens de trouver lâinsta de ce pĂ©dĂ© de procureur qui a osĂ© lancĂ© un mandat dâarrĂȘt contre moi, harcelez-le. »
La présidente questionne :
« Est-ce que câest bien vous qui ĂȘtes le gestionnaire de ce canal ?
â Bien Ă©videmment que non. Si jâavais voulu que ce procureur meurt, il serait tout simplement mort. Ce nâest pas moi. Je peux tuer qui je veux, oĂč je veux, quand je veux. »
Non seulement la vidĂ©o YouTube est Ă©galement un montage de ses facĂ©tieux camarades qui, dĂ©cidĂ©ment, veulent sa perte, mais le canal Telegram « Alexis Issaurato Off » nâest pas le sien, la preuve, il ne sâappelle pas « Issaurato », et toc.
Lâavocat se lĂšve et le regarde droit dans les yeux : « Je suis François Saint-Pierre, et je suis lâavocat de Xavier Bonhomme. » Il dit au prĂ©venu ricanant que son client nâa pas Ă©tĂ© intimidĂ© par ces menaces, qui nâont pas entravĂ© lâexercice de ses fonctions, mais quâil est lĂ©gitime Ă demander la protection de la loi, « car des personnes suggestibles, elles, peuvent passer Ă lâacte », plaide-t-il. Il ne demande pas de dommages et intĂ©rĂȘts, pour ne plus rien avoir affaire avec Alexis Issaurat.
« Il y a cette idée de mettre une cible dans le dos »
La procureure prend la parole Ă son tour : « On franchit un cran en visant un magistrat dans lâexercice de ses fonctions. Il y a cette idĂ©e de mettre une cible dans le dos de quelquâun. On est dans la menace ad hominem avec une indiffĂ©rence totale des consĂ©quences pour la personne », et câest pourquoi, au vu de la « dangerositĂ© idĂ©ologique du prĂ©venu », elle demande 18 mois de prison avec mandat de dĂ©pĂŽt â car on a quittĂ© le droit de la presse pour le droit commun.
Soulignant que son client est « dans une recherche permanente dâoutrance et de provocation », le dĂ©fenseur dâAlexis Issaurat demande nĂ©anmoins la relaxe, les menaces nâĂ©tant pas rĂ©ellement publiques, lâoutrage nâĂ©tant pas adressĂ© Ă son destinataire et la provocation nâĂ©tant pas suffisamment caractĂ©risĂ©e, plaide-t-il.
Bien obligĂ©es de lui donner le dernier mot, les juges lâĂ©coutent dĂ©blatĂ©rer : « Je vous demande de me condamner au maximum, et je continuerai de mener mon combat, parce que vous nâavez pas les moyens de mâimposer quoi que ce soit » avec sa voix la plus solennelle. Il ajoute : « Toute cette histoire nâest quâune vulgaire pantalonnade », et enfin, juste avant de quitter le box, il tend le bras droit et crie : « White power, Ă bas la RĂ©publique !
â Madame, le greffier, veuillez noter sâil vous plaĂźt, demande la procureure sans perdre son calme.
â Câest un salut romain, pas un salut nazi, câest autorisĂ© par la loi ! »
Réponse à la prochaine audience.
Référence : AJU502132